dimanche 19 juillet 2015

Le jeûne, bon ou mauvais pour la santé ?



Jeûner fait-il du bien à notre corps ou nous met-il en danger ? Peut-on le faire sans risque ? Comment ? RETa interrogé le Dr Bruno Raynard, chef de l’unité transversale Diététique et Nutrition de Gustave Roussy.

Que se passe-t-il lorsque l’on jeûne ?


Pendant le jeûne, on supprime les apports en nutriments (protéines, glucides, lipides, vitamines et oligo-éléments), donc les apports caloriques. De plus, on arrête certains processus cellulaires néfastes (comme lors d'une inflammation par exemple).Les études récentes (1) relatives aux effets du jeûne ont par ailleurs montré les effets de la privation de nourriture sur les cellules. En chimiothérapie quand on réduit l'apport en glucose par exemple, on protège les cellules saines tout en aggravant le stress cellulaire sur les cellules cancéreuses (un effet positif).
(1) La plus célèbre est celle parue en février 2012 dans la revue Science Translational Medecin Lee, 2012. Fasting cycles retard growth of tumors and sensitize a range of cancer cell types to chemotherapy (Des cycles de jeûne retardent la croissance des tumeurs et augmente la sensibilité de lignée de cellules cancéreuses types à la chimiothérapie) par Changhan Lee et Valter Longo.

Est-ce une bonne idée de jeûner pour maigrir ?



Tout dépend, là encore, de votre état de santé et de la façon dont le jeûne est mené. Bien sûr, ne pas manger fera maigrir et donc réduira les comorbidités associées au surpoids comme l’hypertension ou la mauvaise utilisation de l’insuline. Mais attention : s’il existe déjà une anémie, une hypotension, un syndrome métabolique ou un diabète, le jeûne peut aggraver l’état de santé. D’autre part, la question demeure de la qualité de ce que l’on perd : graisse ou muscle ? A un moment, l’organisme pioche dans les réserves de gras pour protéger les muscles. Mais actuellement, on ne sait pas exactement, quand ni comment s’établit la balance entre perte musculaire et perte du tissu graisseux. Est-il fonction par exemple de l’activité physique ? Du métabolisme de la personne ?

Jeûner peut-il aider à lutter contre les maladies inflammatoires ?


Peut-être, puisque les phénomènes inflammatoires peuvent être limités avec le jeûne, mais là encore on n’en a pas de preuves scientifiques formelles.

Que penser des cures de jeûne de quelques jours ?


Elles ne sont pas menées par des médecins, et… sont payantes ! Toutefois, les « stagiaires » reçoivent des apports hydriques réguliers et souvent associés à des nutriments (vitamines, oligoéléments) puisqu’on leur donne des bouillons et des tisanes. A condition d’être en bonne santé, elles ne font pas grand mal, mais de là à leur attribuer la guérison des rhumes ou des déprimes, c’est une autre affaire. Un rhume guérit spontanément et une baisse de moral est toujours améliorée par quelques jours de vacances.

Le jeûne peut-il être proposé pour prévenir ou soigner le cancer ?



Non ! Les études mettant en évidence un bienfait du jeûne lors de cancer ne portent que sur des travaux in vitro, c’est-à-dire sur des cellules isolées, ou sur des animaux, et ne concernent que certaines lignées tumorales. Nous ne disposons aujourd’hui d’aucune étude menée sur l’homme. Plusieurs sont actuellement en cours mais une seule, en Hollande, compare un groupe de personnes jeûnant une journée avant et une journée après une chimiothérapie, à un groupe ne jeûnant pas du tout. Les autres portent sur la durée possible d’un jeûne et ses modalités. Pour le moment, nous n’avons donc pas d’éléments sérieux pour recommander un jeûne.

Comment jeûner ?



Le jeûne consiste à cesser de s'alimenter. Un être humain peut survivre longtemps sans manger mais il lui faut des apports hydriques réguliers : 1,5 litres d’eau par jour en moyenne. Le jeûne préconise d'ailleurs de bien s'hydrater. En dehors de ces règles, on ne peut proposer aucune recommandation valable dans la mesure où l’on manque d’études sur le sujet.
A noter : Le jeûne qui s’inscrit dans les grandes traditions religieuses n'est qu'un jeûne partiel ou de restriction calorique, et non un jeûne total de plus de 24 heures. Le carême chrétien supprime la viande et le gras, le ramadan autorise la rupture du jeûne, une fois par jour au coucher du soleil.


Découragez-vous les malades qui souhaiteraient jeûner avant ou pendant leur traitement du cancer ?



Lorsque nous recevons des patients qui souhaitent jeûner avant et/ou après leur chimiothérapie, nous évaluons d’abord leur état nutritionnel : ils ne doivent pas avoir perdu trop de poids, et ne pas être trop affaiblis. Si leur état nutritionnel est normal, nous respecterions leur choix et nous les accompagnerions. Mais, en réalité, nous n’avons que très rarement ce type de demande. Il est important en tout cas de ne pas entamer une telle démarche sans en parler à son cancérologue. Et de toute façon ce ne peut être envisagé qu’en complément des autres traitements et non à la place, et sur une durée limitée.